Sans doute certains d’entre vous, particulièrement attentifs, auront déjà remarqué les prémisses d’une nouvelle tempête qui risque de toucher la toile et le petit monde feutré de nos très chers avocats.

Puisqu’après la notation des professeurs, des médecins, voici qu’arrive la notation des avocats !

Serait-ce le début d’un nouveau buzz-polémique ?

Mais trêve de discours, les faits !

1. Les sites en cause

Deux sites comptent surfer sur la mode des comparateurs :

http://palmares.com et http://dejuridica.com

Le premier a déjà activé sa rubrique de notation des avocats (aucune note pour le moment), alors que le second n’est pas encore opérationnel (pour combien de temps ?!).

Si l’on retrouve un système de notation classique sur palmares.com, deux options de notation détonnent quelque peu.

En effet, à côté des traditionnelles notes de compétence ou d’efficacité, il est désormais possible de noter son avocat préféré sur son éloquence (ça rappellera à certains leurs oraux d’antan), son charisme (vedette de cinémas, veuillez passer votre chemin), mais surtout son LOOK !

Que de travail en perspectives pour nous autres agences conseil en communication ou coaching.

Plus sérieusement, ces critères pour le moins incongrus peuvent surprendre, voir effrayer, mais nous y reviendrons.

2. Les auteurs

Il semblerait que le groupe « Rentabiliweb » qui édite http://palmares.com, soit plus certain de sa démarche et moins effarouché des conséquences probables de ce système de notation que ses concurrents de chez http://dejuridica.com.

La première société a préféré créer une structure en France et demeure donc, à tout point de vu, soumise à loi française. En revanche, le second site n’est en réalité que le clone d’un site qui fit également du bruit lors de son lancement : http://demedica.com (site de notation de médecins), la société éditrice étant basée à l’ile Maurice, comme de bien entendu.

Intéressant tout de même de bénéficier des conditions très … libérales de cette ile paradisiaque, en matières de droit à la vie privée et de droit internet plus largement.

3. Quelques difficultés en perspective

Si depuis l’affaire de la notation des professeurs, avec les avis de la CNIL et la décision du Juge des référés, on peut avancer sans trop se mouiller (en attendant une décision sur le fond) que pareilles notations sont permises, à condition de s’assurer du consentement des intéressés et de permettre, par conséquent, leur retrait des classements sur simple demande, on peut douter sérieusement de la pertinence des trois critères d’éloquence, de charisme et de look.

Sans vouloir mâcher le travail de futurs récalcitrants, ces derniers critères peuvent-ils s’apparenter à de la discrimination au sens de l’article 225-1 du Code pénal qui prévoit que « constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de … leur apparence physique ». A savoir maintenant si le charisme ou le look sont des caractéristiques physiques (« Notez le look de votre avocat. Sa présence physique, ses signes distinctifs vestimentaires etc… Plaide-t-il dans une robe débraillée et déchirée ? A-t-il un look digne de représenter des clients ?  » cf. le screenshot en bas de page)…

Ajoutez à ça l’article 225-2 qui nous rappelle que la discrimination est punie lorsqu’elle consiste à entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque

Nous arrêterons la nos raisonnements de juristes en herbe (les bancs de la fac sont assez loins) et lirons avec attention les commentaires que feront nos très chers avocats.

Néanmoins, pour achever d’enfoncer le clou, nous rappellerons également que selon la loi n° 78-17 du 6 Janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, un traitement de données à caractère personnel doit avoir reçu le consentement de la personne concernée ou satisfaire à l’une des conditions suivantes : (…) La réalisation de l’intérêt légitime poursuivi par le responsable du traitement ou par le destinataire, sous réserve de ne pas méconnaître l’intérêt ou les droits et libertés fondamentaux de la personne concernée.

Légitimité qui a été refusé à not2be par exemple.

Bien entendu, nos amis mauriciens échapperont certainement à toutes ces considérations.

4. Un outil pour les communiquants ?

Il ne s’agit pas pour nous de se voiler la face, tous ces sites de notations et autres comparateur s’attaquent directement à l’image et à la crédibilité des professionnels concernés.

Il est intéressant de noter que ces derniers les utilisent parfois à leur avantage pour s’exposer un peu plus et se donner une image plus flatteuse, grâce à des notations ou des commentaires parfaitement objectifs, bien entendu.

Vous aurez suivi ces bruits de couloirs racontant comment les commentaires assassins de quelques stagiaires de très grands cabinets ont provoqué beaucoup d’émoi dans les réunions d’associés. Commentaires très rapidement adoucits par d’autres plus sympathiques et qui sont apparus tout aussi « spontanément ».

Bref, dans la bataille de l’image, tous les coups sont bons selon les très anciennes méthodes de contrôle et de manipulation de l’information, voir de désinformation.

Lobbying positif ou négatif, quand tu nous tiens …

5. Une bonne ou une mauvaise chose ?

Honnêtement, nous n’avons pas de réponse toute faite. Les dérives semblent, en revanche, toutes proches.

La France reste un pays très protecteur de l’honneur, de l’image, de la réputation et de la vie privée.

Il convient néanmoins de noter que d’autres pays n’ont pas ces scrupules, comme l’Allemagne où existe un site similaire à Note2be et, surtout, aux États-Unis. Les sites de notation de professionnels de la santé y sont très populaires par exemple.

Phénomène de mode ? Tendance profonde ? Coups marketing ou l’on génère du buzz pour le buzz ?

Nous resterons très attentifs aux réactions suscités. S’attaquer directement aux avocats et à leur Ordre très dynamique étant un pari pour le moins ambitieux.

Demeure un fait: maîtriser sa communication n’est plus un choix, mais un impératif.

PS: A quand une Starac’ des avocats avec des plaidoiries en guise de chansonnettes et votez 1, 2 ou 3 pour clore les débats …

6. Screenshot des critères de notation appliqués par le site palmares.com

screen palmares.com, notation avocat

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Linkin
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