Alors que les barreaux fêtent cette semaine leurs deux siècles d’existence, le nombre d’avocats a augmenté de 44% en dix ans. La profession d’avocat est en pleine mutation: seuil des 50000 avocats atteint, rajeunissement de la profession, création de l’acte d’avocat et reconversions en entreprise sont à l’ordre du jour.
« On s’attendait depuis quelques années à passer le seuil fatidique des 50 000. C’est chose faite depuis quelques mois : l’Hexagone recense désormais 50 314 avocats. En l’espace de cinq ans, la profession a vu ses effectifs augmenter de plus de 18 %, et de 44 % depuis l’an 2000. L’engouement des jeunes juristes pour le barreau se conjugue avec un rajeunissement inédit de la profession. Un avocat sur deux a moins de 40 ans…

Comment expliquer ce nouvel attrait pour la robe noire ? Par la « judiciairisation » grandissante de la société d’abord. « C’est triste à dire mais l’apparition de nouveaux contentieux – entre parents et enfants, entre familles et enseignants, entre conjoints violents – amènent pas mal d’étudiants en droit à opter pour ce métier, convaincus que les plaintes s’accumuleront, que le travail ne viendra pas à manquer », souligne Mathilde, 30 ans, inscrite depuis un au barreau de Paris.

Pourtant, contrairement aux idées reçues, le volume du contentieux judiciaire a plutôt baissé ces dernières années (1). « Les avocats sont surtout appelés à jouer un rôle grandissant au sein des entreprises », précise Me Philippe Nugue, membre du conseil national des barreaux (CNB) et auteur en 2006 d’un rapport sur l’attractivité du métier d’avocat.

Un rajeunissement inédit de la profession

Qu’il s’agisse de la signature de contrats, d’une procédure de conciliation, de la négociation d’arrangements à l’amiable, la présence de l’avocat est désormais systématiquement requise. C’est sur le développement de tous ces services juridiques que parient les prétendants au barreau. « Les effets de manche des grands pénalistes comme les croquait Daumier au XIXe siècle ne correspondent plus à la réalité du métier, constate Me Karine Mignon-Louvet, en charge de la prospective au CNB. La majorité des cabinets vivent aujourd’hui de leur activité de conseil en matière fiscale, sociale et commerciale et autres. »

Autre secteur porteur pour les avocats : le conseil aux particuliers. À l’instar des entreprises, les ménages cherchent, eux aussi, à bénéficier d’une sécurité juridique renforcée. Bâtonnier de Paris, Me Jean Castelain ne dit rien d’autre : « L’avocat est devenu, au fil du temps, l’homme de confiance de la famille. C’est lui que l’on consulte en cas de séparation avec son conjoint, en cas de conflit avec son propriétaire, avec son employeur. »

À l’entendre, l’avocat serait progressivement en train de devenir l’« homme du droit », à l’image du lawyer américain. La création imminente de « l’acte d’avocat », qui doit être débattu demain à l’Assemblée nationale, devrait encore renforcer l’hégémonie de la profession. Ce nouvel acte – paraphé par un avocat – permettra, en effet, à tout individu contractant un engagement (bail de location, reconnaissance de dettes, etc.) d’être pleinement informé de ses droits et devoirs. « Les avocats sont en passe de devenir incontournables, peste un notaire. On comprend que la profession attire autant de nouvelles recrues…»

Le seuil fatidique des 50 000 avocats atteint
Si le métier d’avocat est autant plébiscité par les jeunes générations, c’est aussi pour la mobilité professionnelle qu’elle permet. À l’heure où les carrières linéaires au sein d’une même entreprise se font rares, être détenteur du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (Capa) offre de bonnes chances de reconversion. « Pour de plus en plus de jeunes juristes, l’exercice de la profession d’avocat joue le rôle d’accélérateur de carrière », estime Christophe Jamin, professeur de droit à l’Institut d’études politiques de Paris.

« Il n’est d’ailleurs plus rare que nos étudiants envisagent d’être avocat un temps, avant de travailler au sein d’une grande entreprise. En cela, la profession d’avocat s’apparente moins à une vocation qu’à un métier comme un autre. » Ceux qui le souhaitent réussissent d’ailleurs plutôt bien leur reconversion en entreprise. « Dans le milieu bancaire et celui de l’assurance, entre 20 à 30 % des salariés sont détenteurs du Capa », précise Philippe Nugue.

Le passage du statut d’avocat à celui de juriste en entreprise est tout particulièrement prisé par les femmes. « Une avocate sur trois quitte le barreau après dix ans de carrière, constate Me Karine Mignon-Louvet. Intégrer l’entreprise leur permet de gagner en sécurité, de pouvoir prétendre à des revenus fixes et à une meilleure protection sociale. »

Reconversions en entreprise plutôt réussies
Souvent, ces reconversions se révèlent davantage subies que voulues. Le boom démographique de la profession ces dernières années a, en effet, été de pair avec une paupérisation de toute une partie de la profession. Alors que certains cabinets parisiens décrochent quasi systématiquement les affaires les plus médiatisées ou les plus rentables, nombre d’avocats ont du mal à faire tourner leur cabinet. C’est notamment le cas de ceux installés en province et vivant principalement via l’aide juridictionnelle – cette somme versée par l’État aux professionnels acceptant d’assister les ménages modestes. Au final, 40 % des avocats réalisent 75 % du chiffre d’affaires de la profession.

Résultat : près d’un avocat sur quatre dispose d’un revenu inférieur ou égal à 2 000 € par mois selon le CNB (montant duquel il faut déduire entre 40 % et 60 % de charges fixes). Les débats autour de l’instauration d’un éventuel numerus clausus resurgissent régulièrement. Sans, toutefois, ne jamais aboutir, toute une partie de la profession craignant l’apparition de déserts juridiques à l’instar de ce qui existe sur le plan médical.

Il semble d’autant moins d’actualité que la démographie de la profession pourrait sensiblement évoluer prochainement. « En raison des départs en retraite massifs prévus à partir de 2015, nous craignons même que la profession ait du mal à se renouveler suffisamment rapidement », prédit Me Philippe Nugue. Avis aux intéressés… »

Marie BOËTON

Source : La-croix.com

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